Et si on arrêtait de démolir systématiquement pour construire ?

640px-Lyon-Opera
L’Opéra de Lyon, un bâtiment qui a connu plusieurs vies.

« Un bâtiment, combien de vie ? La transformation comme acte de création » est le titre d’une passionnante exposition à la Cité de l’architecture & du patrimoine de Paris (jusqu’au 25 septembre 2015) qui fait l’objet d’un important catalogue. Simultanément, Frédéric Denhez publie chez Flammarion « Cessons de ruiner notre sol » avec le bandeau « En France, 26 m2 de terres fertiles disparaissent chaque seconde ». Les termes d’une nouvelle manière de penser l’urbanisme sont ici posés.

On ne sait plus où construire mais en même temps on ne sait plus où déposer les gravats depuis que l’invention du béton armé a fait oublier l’économie du réemploi ! Les colonnes, les arcs et les mosaïques des romains sont encore visibles dans de nombreux édifices de Constantinople à Cordoue, les pierres des châteaux du moyen âge font les plus belles façades des maisons de nos villages… Mais depuis un siècle et demi, on détruit tout systématiquement !

Le prix d’une voiture ou d’un appareil électrique comprend un pourcentage servant au recyclage de ses constituants, rien de tel pour une construction dont la durée se raccourcit et dont on ne saura que faire de ce qui reste.

Qui veut inverser la problématique de la « tabula rasa » doit commencer par reconnaître que des éléments de la modernité font aussi partie du patrimoine (la France ne compte que 45 000 édifices contre 500 000 en Grande-Bretagne !). Cette nouvelle perception permettrait à l’architecte de ne plus seulement être un constructeur pour redevenir l’artiste sachant transformer, adapter, remettre à la mode qu’il fut aussi dans l’histoire.

Il a fallu abandonner la tyrannie de la forme-fonction pour que la chocolaterie Menier, les usines LU, l’opéra de Lyon ou les turbines de la Tamise, deviennent la Tate Gallery, des espaces culturels, des bureaux ou même des logements. Nulle architecture n’a de date de péremption mais sa fonction initiale a souvent condamné à l’abandonner. La nécessité de densifier oblige à requalifier.

À partir de la reconnaissance d’un patrimoine devenant un référent temporel durable, une esthétique moderne fondée sur le collage, la superposition, la juxtaposition s’insinue. Admettre les économies d’énergie et le recyclage, refuser de gaspiller l’espace ouvrent le chapitre de la métamorphose et de l’exploration de la liberté de vivre et d’habiter. Ce qui n’aura pas été détruit constituera un fragment patrimonial faisant figure d’origine pour le futur. C’est ce que le touriste recherche dans toutes les cités qui hantent l’imaginaire collectif de Venise à Pékin, de Saint-Petersbourg à Chicago ! Il reste à reconnaître que le lien peut l’emporter sur le temps et les styles.

Francis Rambert, commissaire de l’exposition défend la théorie de la superposition chronologique : « Il y a une logique à transformer le patrimoine construit, la densification de la ville y pousse, la réflexion sur la durabilité y conduit. C’est sans doute cela la nouvelle expérimentation spatiale, technique et programmatique du XXIe siècle, dans une équation économique indispensable à résoudre. Le renouvellement urbain nous plonge dans l’ère de la superposition, du palimpseste, il ouvre le champ de la réinterprétation, voire de la réinvention. »

Les exemples abondent déjà… Ils donnent à voir et à penser !

http://www.citechaillot.fr

BCV-COUVERTURE-01

Ouvrage collectif sous la direction de Francis Rambert, 350 pages, 500 illustrations, coédition Cité de l’architecture & du patrimoine/Silvana Editoriale, 2015

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s